Lettres du commandant Coudreux à son frère (1804-1815)

Fontainebleau, le 1er complémentaire an XII (18 septembre 1804)

J'attendais que je fusse de garde pour répondre à tes deux lettres. En effet, depuis quinze jours, nous avons été tellement occupés que nous n'avons réellement eu que le temps de manger ; enfin, nous avons manoeuvré hier devant le général Hulin, et j'espère que nous n'irons plus désormais que trois fois par semaine à l'exercice.
Lorsqu'il a passé dans la chambrée, je l'ai entretenu un moment de mon désir d'entrer à l'Ecole spéciale ; il m'a répondu qu'il faudrait pour cela faire beaucoup de démarches qui traîneraient considérablement en longueur ; que cela dépendrait uniquement de notre général en chef, le maréchal Bessières, et qu'enfin on ne pouvait entrer à l'Ecole qu'e, vertu d'une lettre d'autorisation du ministre de la guerre. Tu vois que voilà bien des formalités à remplir.
Cependant, le général Hulin nous a donné beaucoup d'espoir ; mais je ne crois pas qu'on doive beaucoup compter sur toutes ces promesses. Au reste, nous pensons tous que nous seront définitivement fixés au 18 brumaire sur la destination de notre corps. L'esprit de crânerie gagne insensiblement tous nos messieurs, et il ne se passe pas de jour sans qu'il y ait quelque querelle. Je fais tous mes efforts pour me faire estimer ici. Je suis toujours parfaitement avec tous mes chefs et en particulier le capitaine Le Marois, frère d'un aide de camp de l'Empereur. M. Lacretelle, mon intime ami, a eu la complaisance de me présenter au général Jacopin son parent, et au général de Montaigu, l'ancien aide de camp de son père. Cette liaison m'est extrêmement agréable et pourra devenir pour moi fort avantageuse.

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