Lettres du commandant Coudreux à son frère (1804-1815)

Paris, 10 juin 1815

Toutes mes petites afaires sont terminées, mon cher ami. J'ai été hier dans les bureaux de la guerre pour ma solde arriérée. Mes pièces sont en règle ; il n'y a plus maintenant qu'à attendre que les circonstances politiques permettent de s'occuper de la liquidation. Mon dépôt, qui était à Metz, n'est pas encore arrivé à Sézanne. J'ai su au bureau des mouvements qu'il n'y serait rendu que mercredi prochain. Je ne partirai en conséquence que mardi. Je te donnerai exactement de mes nouvelles, mon cher ami, soit que je reste au dépôt, soit que je parte pour l'armée.
On croit généralement que les hostilités ne tarderont pas à commencer. Nos forces se concentrent ; les soldats sont animés du meilleur esprit ; le premier choc sera terrible, et pas de doute que nous n'ayons de grands avantages. Il est vraiment désolant que cette malheureuse Vendée vienne se mettre dans ce moment au travers des opérations qui vont avoir lieu sur les frontières. On espère cependant que les troupes qui viennent de s'y rendre auront bientôt mis fin à cette insurrection, à la tête de laquelle on ne voit pas un seul homme recommandable par ses talents.
L'Empereur a installé les Chambres. Son discours aux représentants a été accueilli avec de vifs transports. Il ne tardera sûrement pas à partir.
Je t'envoie ci-joint un billet de 150 francs que j'ai fait souscrire au sieur Hurelle. Ce pauvre diable est réellement désolé de ne pas pouvoir te satisfaire maintenant. Il est convenu entre nous qu'il t'enverra par la poste le montant de son billet. Tu ne peux rien perdre avec lui, parce qu'au pis aller, en écrivant deux mots au colonel de son réiment, on te ferait payer.
Entre nous soit dit, je ne suis pas trop content de M. Ramond, colonel du régiment. Il demande en ce moment la permission d'aller prendre les eaux pour cause de douleurs. Je doute très fort que le prince lui accorde sa demande qui dans ce moment est pour le moins ridicule.
Le major qui commande le dépôt est en revanche un homme solide. On m'en a dit ici le plus grand bien. Je m'arrangerai de manière à me concilier son affection. J'emporte une lettre de recommandation pour lui.
Adieu, mon cher frère. Mille et mille amitiés. Je vous embrasse tous de tout mon coeur.

Tu ne m'as rien dit de tes chandelles ; le marchand a envoyé mon mandat à ses marchands de pruneaux.

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