Lettres d'Adélaïde de Souza à Charles de Flahaut, son fils
(CHAN 565 AP 9)
15 juin 1818

Mon enfant, voilà trois courriers que je n'ai pas de lettres de vous et cela m'inquiète et m'afflige d'autant que je suis restée à celle où tu me parlais de l'extrême faiblesse de ma fille et ton voyage retardé jusqu'au mois d'Octobre. J'en suis assez aise dans ce moment parce qu'hier on a trouvé bon d'imaginer dans une de nos gazettes que le bill du Parlement contre les propriétaires de la banque d'Ecosse, avait été provoqué à l'occasion d'un comte français qui avait épousé une Anglaise. Ces imbéciles d'ultras ne manquent pas une occasion de choquer et de nuire. Es-tu en effet propriétaire ? J'en serais charmée parce qu'aucune loi ne peut avoir un effet rétroactif en bonne législation.
Ma fille, avez-vous reçu la chaise que je vous ai faite, j'en ai deux autres de finies et je veux en faire 6 pour le château de Meicklour. L'embarras est de vous les faire passer.
J'ai dîné hier à Sceaux chez M. Dimidoff qui m'a beaucoup demandé de tes nouvelles ainsi que la famille Beauviau ainsi que M. de Turenne, tous veulent être rappelés à ton souvenir. Aussi Mme de Chatel. Elle est devenue tout à fait sourde ; je le suis un peu, et lorsque nous nous parlions, nous avions l'air de deux perroquets borgnes, chacune tournant une bonne oreille et faisant répéter sa voisine. M. Dimidoff m'a installée à table en face de lui, faisant, dit-il, les honneurs de la maison, cela m'a causé un moment de tristesse, mais ce n'a été qu'un nuage noir pour moi toute seule, et le dîner a été fort gai. Voilà comme on oublie ! C'est Fontenelle qui a dit quelque part que le mort le plus gai qui reviendrait au bout de 6 mois dérangerait tout le monde . Je ne veux pas croire ce vilain sentiment pour rien de ce que j'aime, mais en général, il est d'une vérité affreuse.
Ma fille, je reviens à vous. Voici une chaleur qui vous rendront les bains de mer fort salutaires. Je vous préviens que l'on m'a tiré les cartes avant-hier, et que l'on m'a prédit encore une nouvelle grossesse ainsi ménagez-vous bien.
Mes roses sont passées, mes orangers sont en fleur. La chaleur a été si forte que les feuilles tombent des arbres comme si nous étions à l'automne.
Adieu, mes bons et chers enfants, je vous aime de toute mon âme, mais je ne sais qu'écrire quand je n'ai pas de lettres.
Palmella est mieux mais il a été bien malade, il tousse encore beaucoup.
Nonore part demain matin pour se constituer prisonnière avec son mari.
Sir W. Hamilton part demain pour les chrétiens. Tu vas voir toute l'Angleterre hors d'elle pendant 40 jours, c'est assez curieux.
Mes enfants, je vous aime et vous embrasse de toute mon âme. Ma chère fille, ménagez-vous bien, je vous en prie.

retour à la correspondance de Mme de Souza-Flahaut