M. de Vaudreuil au comte d'Artois
Venise, 21 octobre 1790
- n° 67

Il est bien difficile, Monseigneur, d'avoir une opinion sur un plan, quand à peine on en connaît les bases et qu'on en ignore absolument les développements. Ma confiance dans les deux hommes qui ont conçu ce projet me prévient en sa faveur ; mais cependant mes réflexions m'ont fourni quelques objections graves, qui se trouvent d'accord avec les idées politiques de Bombelles. Celui-ci a résumé nos conversations sur cet important objet dans un mémoire, que j'ai l'honneur de vous envoyer. Dans tous les cas, ce mémoire peut être utile, soit que le plan soit adopté, soit qu'à l'examen vous y trouviez de grands inconvénients et surtout une grande lenteur.
Ce qui me frappe le plus, c'est que la secte des illuminés est la cause et l'instigateur de tous nos troubles ; que partout on trouve de ces sectaires ; que le roi de Prusse est lui-même imbu de ce pernicieux système ; que l'homme qui a à présent sa principale confiance est un des chefs connu des illuminés ; que les intérêts de la religion protestante se mêleront aux intrigues d'un congrès ; que les moyens de corruption ont bien plus d'accès vis-à-vis d'un grand nombre d'hommes rassemblés en congrès que chez les ministres principaux des souverains qui doivent jouer le plus grand rôle dans le rétablissement de notre monarchie.
Il faut un temps considérable pour le rassemblement d'un congrès ; le but en étant bien connu, les ennemis de la France, tant intérieurs qu'extérieurs, auront un grand prétexte pour préparer leurs moyens de résistance ; l'orgueil national, excité par les enragés, s'irritera des obstacles que les nations étrangères voudront apporter à ce que la nation croira être sa liberté et sa volonté ; les chaînes du Roi seront envore bien resserrées ; ses dangers en augmenteront ; et, en dernier résultat, en supposant que les intrigues de tous genres ne détournent pas les membres du congrès du véritable but de ce rassemblement, que par un succès invraisemblable et parfait toutes les puissances sentent l'importance de se réunir pour combattre cette propagande, l'ennemi de tous les gouvernements, et pour consolider par une réunion fédérative toutes les constitutions existantes, il faudra soutenir par la force les décisions de ce congrés. Pourquoi donc ne pas commencer par les moyens de force ? Pourquoi perdre un temps, qui sera mis à profit par les scélérats pour augmenter notre détresse et avancer notre ruine ? Pourquoi ne pas profiter du moment où l'opinion, qui a tout détruit en France, paraît retourner aux anciens principes ? Pourquoi ne pas suivre avec chaleur les négociations entamées avec l'Empereur, l'Espagne, les Suisses et le roi de Sardaigne ? Ces puissantes sont plus que suffisantes pour anéantir des conjurés déjà affaiblis par le mépris dont ils sont couverts. Les troupes que Léopold a envoyées dans le Brabant, les forces que les cantons suisses ont mises sur pied, et les secours promis par le roi de Sardaigne, n'est-ce pas plus qu'il ne faut pour rallier à l'autorité tous ceux qui en France ne démandent qu'un soutien pour se montrer ? Dès le printemps prochain vous pouvez agir ; le succès sera sûr, et dût la France faire quelques légers sacrifices, je préfèrerais, je crois, ce parti aux lenteurs, aux intrigues d'un congrès difficile à rassembler, et plus difficile encore, une fois réuni, à séparer, si facile à détourner de sa véritable institution. Calculez ce que c'est que le choc des opinions, l'influence des intérêts des différentes religions, l'ambition de chaque puissance en général, et ensuite l'ambition particulière de chacun des ministres rassemblés pour le grand oeuvre ! Est-ce dans un siècle de prétentions et de corruption et d'astuce, qu'on peut ramener des hommes à un but d'utilité générale et réaliser en partie les vertueuses rêveries du bon abbé de Saint-Pierre ? Je vous répète encore que, ne connaissant pas parfaitement la base et encore moins les développements de ce plan, que, plus pénétré que personne du génie de Calonne et de la sagesse de l'évêque d'Arras, je suis persuadé que mes objections seront absolument détruites par eux ; mais j'ai dû les faire, en convenant toutefois de mon insuffisance.
Vous aviez permis et même ordonné au duc de confier à Bombelles l'aperçu de ce plan. Il le combat dans le mémoire que je vous envoie ; mais il n'en est pas moins enchanté de voir auprès de vous la réunion de deux hommes aussi éclairés. Je dois vous ajouter que, si ce plan est adopté, il n'existe personne plus instruit que Bombelles des intérêts de l'Allemagne, ayant été si longtemps à Ratisbonne, et ayant bien mis ce temps à profit, connaissant à fond les ministres de toutes les cours d'Allemagne, et qu'il est tout prêt à faire le sacrifice de la place qu'il occupe, pour servir avec plus de risques et d'utilité la belle cause dont vous êtes la ressource et l'espoir. Il ajoute à son mémoire de nouveaux détails sur le caractère, les moyens, les connaissances et l'activité de M. de Brentano, qu'il regarde comme un des hommes les plus distingués que vous puissiez employer.
Ce qui m'a fait un grand plaisir et vient à l'appui de la haute opinion que j'ai de Calonne et de l'évêqye d'Arras, c'est que le duc m'a dit que plusieurs plans étaient préparés suivant les différentes circonstances, et que ces deux hommes supérieurs pensent tous deux que les aventures, les entreprises hasardées et mal concertées ne conviennent ni aux circonstances, ni à votre position, ni à votre rang. C'est avec sagesse qu'il faut concevoir et préparer les moyens, et vous aurez de reste le courage et la rapidité de l'exécution. Mais bornez les confidences ; réduisez votre conseil, et songez que le secret est le moyen du succès. Il faut aussi que votre conduite politique prenne un air de gravité qui en impose. Ah ! que je suis content de l'arrivée de Calonne ! Je l'aimais bien, vous le savez ; mais quelle sera pour lui mon idolâtrie, quand il aura sauver mon pays et immortalisé mon cher prince !
Vous ne croyez pas, et l'évêque d'Arras ne croit pas, selon ce que m'a dit le duc, au départ du Roi ? Eh bien, moi, j'y crois toujours. Peut-être est-ce le désir que j'en ai qui m'aveugle et m'inspire cette confiance ; mais il est toujours vrai que c'est à ce but qu'il faut tendre, que cela aplanirait toutes les difficultés, que par cette démarche hardie toutes ses faiblesses seraient réparées et l'opinion rétablie, chose bien importante ! Insistez donc toujours sur ce point capital.
Ah ! que j'ai d'impatience de vous revoir ! Que de choses nous aurons à nous dire ! Deux heures de conversation disent plus que des volumes d'écritures. Le geste, le regard, les inflexions de la voix donnent de la physionomie aux paroles. Mais je pense que, dans ces circonstances, je valais mieux pour vous de loin que de près. Vous m'avez toujours trouvé sage et quelquefois trop sage dans mes lettres ; en présence, j'aurais vraisemblablement été le contraire ; ma tête s'échauffe, mon coeur s'enflamme. J'ai toujours dans ma correspondance cherché à vous calmer, à vous arrêter, la réflexion m'en faisant sentir l'importance. Mais, près de vous, au centre :même du foyer, j'aurais nécessairement été électrisé, et peut-être serions-nous partis. La chevalerie et les aventures n'ont encore que trop de séduction pour moi. Il faut que je sois bien en garde contre mes premiers mouvements ; mais je me connais bien, et je suis de bonne foi vis-à-vis de moi-même.
Dès que les fonds que j'attends me seront arrivés, je pars, et je serrerai mon cher prince dans mes bras. Mais on me fait tirer la langue d'un pied, et l'insurrection de Saint-Domingue aura encore diminué mon crédit et mes moyens.
J'attendrai l'arrivée de vos lettres pour terminer la mienne.

Ce mardi 23 octobre,
Votre lettre d'aujourd'hui et toutes celles que je reçois de Paris, Monseigneur, me font tomber la plume des mains, confondent mes idées, et anéantissent mon courage. Les scélérats, après avoir non seulement blanchi, mais préconisé, canonisé les criminels acteurs de l'époque du 5 et 6 octobre, ne s'arrêteront pas en chemin. Ils vont profiter de ce funeste moment pour consolider par de nouveaux crimes leur oeuvre diabolique ; les assignats vont donner aux agioteurs et aux enragés les moyens de s'emparer de tout le numéraire et d'employer avec succès leurs moyens de corruption. Qu'opposer en ce moment à leurs entreprises ? La patience. Les démarches que vous continuez de faire dans les provinces seront-elles soutenues par l'or, qui à présent décide de tout ? Tout sera infructueux, partiel, insuffisant, tant que vous ne pourrez pas montrer une force imposante, et cette force ne peut vous venir que de l'Espagne ou de l'Empereur. Les nouvelles que vous avez reçues de Circello donnent quelque espoir, et c'est de ce côté surtout qu'il faut diriger toutes vos démarches. Mais la condition que l'Empereur met à ses secours sera-t-elle remplie, le Roi et la Reine en sûreté ? En auront-ils le courage ? En auront-ils les moyens ? Sans ce préalabke, tout est danger pour eux, et ce n'est pas à vous à provoquer ce danger. Que faire donc ? Ah ! C'est ici que les facultés humaines sont insuffisantes, et qu'il faudrait être inspiré par Dieu lui-même ; mais tout serait perdu sans ressource, si vous vous décidiez à une entreprise hasardée et mal concertée.
Attendez le retour de l'opinion, et ne prenez pas l'opinion de quelques lettres, plus zélées que réfléchies, écrites des provinces, pour la véritable opinion. Ne vous livrez pas imprudemment à vos ennemis, et, avec vous, le sort de ce malheureux royaume. C'est à votre absence en pays étranger que votre famille doit jusqu'à présent son salut. Si les monstres vous tenaient ainsi que vos enfants, c'en serait fait de la famille royale, et si vous vous livriez aux seules forces d'une province bien intentionnée, c'est contre elle que seraient dirigés avec un succès assuré tous les moyens de force et de corruption. Oh ! si plusieurs provinces réunies vous appellent, appuyez leur volonté e leur courage par quelques secours étrangers. Le moment arrivera, soyez-en sûr ; mais sachez attendre cette époque, quoi qu'on puisse vous dire. Dieux ! que je suis impatient de l'arrivée de Calonne ! Il me semble que vous ne l'attendiez que le 18, et votre lettre est du 16 ; ainsi il n'y a point de retard. Lisez attentivement le mémoire de Bombelles et le commencement de ma lettre ; faites-en part à Calonne et à l'évêque d'Arras. Je ne doute pas qu'ils n'y répondent victorieusement, car j'ai bien plus de confiance en eux qu'en moi et à mon compagnon ; mais celui-ci est profondément instruit sur la politique et dirigé par un zèle bien vrai. Vous lui recommandez Modène ; mais l'homme qu'il y avait en est parti, et il n'a plus les mêmes moyens. Ecrivez-lui un mot tant pour cet objet, que relativement à sa démarche près de l'Empereur ; il y sera sensible, et vous ne pouvez guère vous en dispenser.
Peut-être le premier courrier débrouillera-t-il, dénoircira-t-il mes idées. J'en ai grand besoin car vous devez vous apercevoir du désordre de la fin de ma lettre qui ne vaut pas le commencement.
Qu'est-il donc arrivé à Saint-Domingue ? Plusieurs lettres me disent : " Je ne vous parle pas de ce qui est arrivé à Saint-Domingue, parce que sûrement vous en êtes instruit." Et chacun se renvoyant la balle, je reste dans l'ignorance et l'inquiétude. Si vous en savez quelque chose, mandez-le moi. Suis-je ruiné sans ressource ? Je ne plaindrai que mes créanciers, ma patrie et mon prince, si cette superbe colonie est perdue ; pour moi, j'ai vécu.
Je ne sais encore quand votre amie partira. Je crois que son départ tient à l'argent, ainsi que la course que je veux faire pour aller voir mon cher prince. Mais l'argent que j'attendais ne m'est pas arrivé ; on ne m'annonce même pas quand il me viendra. Le crédit d'un créole ruiné ne peut être bien grand dans ce moment. Voilà où j'en suis. J'ai voulu vendre quelques bagues qui me restent ; je n'en ai pas trouvé un écu à Venise. Je voulais donner pour cent louis ce qui m'en a coûté deux cent cinquante, et employer cet argent à ma course ; on ne m'en a rien offert, et je reste, faute de jambes. Oh ! j'enrage tout à fait !
Employez toute votre force pour calmer le prince de Condé ; vous seriez indécemment à Chambéry, et vous êtes à votre vraie place à Turin. D'ailleurs le plus petit mouvement de votre part ferait en ce moment égorger votre famille infortunée, et ces crimes affreux vous seraient reprochés par l'Europe entière. Redoublez de prudence, mon cher prince ; le bruit de vos préparatifs n'a que trop servi à resserrer les chaînes du Roi.
Il n'y a donc que le parlement de Toulouse qui se soit bien montré ! Pourvu qu'il ne soit pas encore victime de la fureur soudoyée !
L'insurrection de Brest est affreuse et paraît être l'ouvrage des Anglais. Voilà du moins ce que disent toutes les lettres.
Calonne vous éclaircira bien des choses ; mais pourquoi a-t-il tant tardé ? Ah ! que je suis inquiet de lui jusqu'à ce qu'il soit arrivé ! Et son ouvrage, quand paraîtra-t-il ? Son succès dépendra du temps bien ou mal pris.
On dit que M. Mounier et M. de Lally vont beaucoup à Coppet.
Et d'Antraigues, a-t-il été à Turin ?
Le chevalier de Coigny compte aller en Suisse au mois de novembre, et de là à Turin et ici. Par le premier courrier nous apprendrons, me mande-t-il, la destruction de tous les ordres militaires, de Malte et de cour. Ensuite nous apprendrons la fin du monde, car ceci y ressmble.
Adieu, mon cher prince ; c'est dans l'amertume de mon coeur que j'écris cette lettre.
Si mon ami est arrivé, parlez-lui bien de moi et qu'il m'écrive, et surtout à mon amie.
Je mets mon respect aux pieds de mon prince, et je le serre tendrement dans mes bras.
Permettez que je vous envoie une lettre que j'ai reçue de M. l'abbé de Bassinet, homme vraiment estimable et de prodigieusement de talent et d'esprit, qui vous est attaché dpuis quinze ans, qui brûlait du désir de se rendre auprès de vous, qui aurait pu vous être fort utile, pour qui je vous avais demandé cette faveur ; mais vous ne m'avez fait aucune réponse à Rome à son sujet. Vous pouvez lui rendre service, en écrivant pour lui un mot et en le recommandant au cardinal de Bernis, qui es déjà bien disposé, et cela n'empêcherait pas qu'il ne se rendît auprès de vous si vous le jugez utile. Un mot de réponse, je vous prie, sur cela.
J'ai encore un article important à ajouter à ma lettre.
Aujourd'hui, pour laisser reposer le cuisinier de Mme de Polignac, j'ai donné à dîner à toute la colonie, à l'ambassadeur et à l'ambassadrice. Voici les places : Mme de Polignac, M. de Bombelles, Mme de Guiche, Mme de Polastron, la comtesse Idalie, M. de Saint-Paterne, M. le chevalier Hénin, secrétaire d'ambassade, le duc de Polignac, M. de Rivière, la comtesse Diane, moi, l'ambassadrice, et M. du Verger. A moitié du repas, Idalie s'est récriée : "J'ai bien envie de boire à M. le comte d'Artois." - " Fort bien, ma femme " , a dit le bon Armand, et puis chorus. Cette santé si chère m'a donc été portée à diverses reprises, et toujours avec le transport de l'amour. Les larmes de tendresse ont coulé de tous nos yeux, et cette scène m'a remonté. J'en avais besoin.
Après dîner, j'ai longtemps causé avec votre amie ; elle m'a appris qu'elle partirait pour Milan dans dix jours, et je crains bien ne pouvoir la suivre, par toutes les raisons de finance que je vous ai dites.
Le vin, la compagnie animée de toutes personnes qui vous aiment, ont ranimé mes esprits fatigués, éteints, et voilà que je recommence ma lettre après seize pages.
Je veux d'abord vous gronder. Vous mandez à votre amie des choses faites pour la tourmenter outre mesure et pour déchirer son âme trop sensible. A quoi bon lui dire les choses affligeantes ? Il m'a fallu une très longue conversation pour lui rendre le calme. Les raisons employées pour la tranquilliser n'ont pas toutes été de bonne foi ; mais cependant j'ai pensé la plus grande partie de ce que je lui ai dit. Par exemple, je ne pense pas du tout que l'infernal sénat ose faire le procès de la Reine ainsi qu'on l'annonce, quand Léopold a cinquante mille hommes sur les frontières ; mais les enragés veulent augmenter sa peur, et ils y réussiront. Je ne crois pas davantage à un crime, à un assassinat qui serait inutile, vous absent et en sûreté, et qui exposerait la caverne à toutes les vengeances divines et humaines. Je ne crois pas davantage à l'annonce de lancer des décrets contre tout ce qui est à Turin, et de forcer tous les Français voyageurs d'envoyer leur serment civique, ou dêtre exclus de la classe des citoyens actifs et dépouillés de leurs biens. Je voudrais que les malheureux eussent cette audace et fissent une pareille extravagance. Alors vous êtes forcé de publier un manifeste, et depuis longtemps je voudrais qu'il fût fait.
Vous croyez peut-être qu'un manifeste, qui ne serait pas appuyé par des forces réelles, serait sans effet et ferait long feu ; je ne le pense pas. Je ctrois qu'il rallierait bien du monde et serait suivi par un ou deux autres manifestes, dont le dernier ne serait répandu qu'en mettant le pied à l'étrier. C'est ainsi que fit le grand Frédéric dans la dernière guerre pour la Bavière ; deux manifestes avaient précédé le troisième, qu'il ne donna qu'en montant à cheval. Tous les esprits étaient préparés et connaissaient la bonté de sa cause. Or votre cause est bien meilleure encore, et c'est non seulement en France, mais à l'Europe entière qu'il faut le prouver. Le faiseur par excellence va arriver ; ne perdez pas de temps pour cette première démarche, que je regarde comme bien essentielle et bien urgente. Soumettez cette idée à l'évêque d'Arras, si Calonne n'est pas arrivé, et je parie qu'il l'approuve. Par ce moyen vous tiendrez en haleine toutes les provinces pendant l'hiver ; vous réchaufferez l'espoir du bon parti, et vous afaiblirez les moyens de vos perfides ennemis. Peut-être redoubleront-ils de rage, mais cette rage sera le symptôme de leur impuissance et de leur destruction. En véité, je vois d'ici M. de Mirabeau et ses associés dînant ensemble ensemble et riant de la terreur magique qu'ils inspirent, étonnés de leur succès, et convenant entre eux qu'un manifeste fait par vous, par des Bourbons, anéantirait presque tous leurs moyens, ouvrirait tous les yeux et ferait tomber leur monstrueux et frêle échafaudage. Je crois les entendre en goguette, et je redirais tout ce qu'ils y disent. Pesez beaucoup sur cela ; je vous jure que le moment est arrivé où vous ne pouvez pas vous en dispenser. Vous ne pouvez encore rien faire, mais vous pouvez dire, annoncer, menacer, et appeler l'Europe et Dieu à votre aide. Le prince de Condé en sera satisfait et se tiendra plus tranquille ; car enfin il ne veut pas, il ne peut pas vouloir vous exposer et s'exposer lui-même sans fruit, sans utilité ; mais il veut que la chose s'engage ; et les criminels absous par l'Assemblée sont un motif plus que suffisant. Méditez beaucoup sur cela ; mais j'ose dire que cette démarche est indispensable, et qu'on l'attend.
Adieu ; la poste va partir.

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